Lire... Lire... Ne pas détourner les yeux de ce foutu livre ! Tant que j'apprends, je n'ai pas à vivre. Tant que je baigne dans la théorie, toutes mes valeurs sont absolues et
immuables. Tant que les mots distraient mon esprit, mon corps ne pourra se risquer à mourir. Les genoux qui bloquent ma poitrine ne bougeront pas. J'ai peur du froid qui endurcit le coeur de mes
semblables. Vivre en vain pour ne donner du sens qu'à sa mort, et contempler béatement le chemin parcouru ? Jamais ! Rester un éternel cocon figé dans son immaturité me convient parfaitement. Je
veux regarder ces zombies avec arrogance, quand, enchaînés à leur bonheur, il me jalouseront pour mon existence. Je veux rire amèrement au crépuscule de ma vie, lorsque l'Ironie viendra par ses
visions enchanter mes rares moments de lucidité.
Ils ne peuvent pas m'y obliger. Oh non, ils ne peuvent pas ! Ils ne sont pas moi. Et ils ne l'ont jamais été. La honte d'être arrêté par un rien ne me dérange pas, quand je sais qu'ils
sont ralentis par un tout. J'enrage, je déprime, et je sais que je m'égare. Trahi par moi-même, je devine les réflexes masochistes qui me pousseront à affronter ce spectre avant qu'il ne me hante à
jamais. Avant que je ne soit totalement immobilisé. Un défaut d'alternative absolument bénéfique, et qui pourtant me trouble, tant il me force à ressembler au reflet de mon miroir. Mettre ce pan de
mon identité à l'épreuve était-il nécessaire ?
Les mots qui défilent sous mes yeux fatigués n'ont déjà plus de sens. Il est tard. Je pose le livre.
par Obnubilé
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